Journaliste spécialisé musique et spiritualités (Le Monde.fr, Le Monde des Religions, Le Figaro, Clés Magazine, Jazz News, FrancoFans, Lylo…), collaborateur de Jean-Louis Servan-Schreiber et auteur de la biographie de Louis Chedid, Mélodies intérieures (Presses de la Renaissance / Edi8, 2014) et coauteur du livre Protest Song (GM éditions, 2016). Curieux des histoires à la marge, guitariste amateur, nageur du dimanche.
Ta chanson de chevet ?
Mi Negra Ave Maria du pianiste cubain Roberto Fonseca qui, dans cette prière syncrétique, interroge sa cubanité, ses racines yoruba et rend hommage à la Vierge Noire de la santeria, à travers un flow hip-hop (Mike Ladd) et un crescendo piano-basse-batterie.
Ton meilleur souvenir de concert ?
Le légendaire Dr John et ses Nite Trippers durant le festival Jazz à Sète en 2014, pour une plongée hypnotique dans le répertoire de la Louisiane : blues du bayou, zydeco, rock poisseux et musique cadienne. Le tout sous le piaulement des mouettes transformées en pélicans.
Un souvenir d’enfance lié à la musique ?
The rain song de Led Zeppelin. J’ai dix-onze ans, j’entends ce titre à la radio avec ses nombreuses modulations, ses divers tableaux, comme s’il s’agissait de la B.O. d’un film de hippie-fantasy. Cette tuerie dure plus de sept minutes ! A cet âge-là, sept minutes, c’est long : y a forcément foot dehors, goûter, grattage du machin et certainement des devoirs au programme de la journée. Mais je suis captivé. Je ne comprends pas ce qu’il se passe, pourquoi une simple chanson me transporte à ce point-là. Je le découvrirai au fil des écoutes : la guitare en gouttes de pluie puis fiévreuse de Jimmy Page, la voix lascive de Robert Plant, les violons, les progressions d’accords à gogo, le crescendo qui promet la tempête, une coda en mer d’huile… Dès le lendemain, je laisse pousser mes cheveux et je demande un jean en patte d’eph pour Noël.
La pépite méconnue ?
Crocodile logo d’Olkan & La Vipère Rouge. Une transe électro-maghrébine jouée par un duo marseillais. Le mariage pas blanc du tout de la guitare et du saz électrique, du flow rap et des beats électroniques.
L’artiste le plus loufoque ?
Il y a match entre Chardeau, un barde punk et potache, adepte des opéras rock progressif qui se décrit ainsi : « son look évoque pêle-mêle le Buffalo Bill d’un western futuriste, un Gandalf cuir et rock, un aventurier SF moitié Zappa moitié Corto Maltese ou un néo-druide égaré au XXIe siècle ». Et VioleTT Pi, un ovni québécois qui verse dans les expérimentations rock progressif d’esthétique « névrose flashy ». Celui que l’on surnomme le « best buveur de mousse » de Montréal explose les chiffres comme les traitements psy : son Pi, c’est plutôt 8,6° que 3,14.
Ton concert le plus galère ?
Un showcase de chants tibétains et bol chantant à la pagode du bois de Vincennes lors d’une cérémonie bouddhiste de l’École jaune en 2018. Au début, on vibre ; très vite, on somnole. Le concert, pardon la méditation, a duré trois plombes, le tout assis en lotus. Ou comment se péter les adducteurs en toute bienveillance.
Le titre qui te hérisse le poil ?
Monsieur le président de Gauvain Sers, une resucée plate du Déserteur de Boris Vian.
Quelle chanson a éveillé ta conscience, et pourquoi ?
The revolution will be not televised de Gil Scott-Heron. Un « small talk » qui met en lumière la longue ségrégation des Afro-Américains. Un piano, une basse, une flûte, des percussions et une voix au premier plan, plein fer. Scandée, hachée, syncopée. Saignée à blanc. Avec cette chanson éditée en 1970 sur le label Flying Dutchman Records, Gil Scott-Heron met en musique la lutte pour les droits civiques américains. Comme il le raconte dans ses vers, la révolution ne sera pas télévisée, juste parlée-chantée.
Tu adores faire du crochet, c’est zen et ça te permet de réduire ton budget chaussettes. Dans ces moments de plénitude, quelle musique écoutes-tu ?
Clair de Lune de Claude Debussy, troisième mouvement de sa Suite bergamesque. Une flânerie en Ré bémol majeur, jouée pianissimo, soit quelques notes de piano suspendues, une harmonie assez simple, sans grandiloquence, mais d’une grâce infinie.
Vu ton caractère, quelle chanson tes parents ont-ils écoutée le jour ensoleillé, ou la folle nuit, de ta conception ?
Ça plane pour moi de (sans) Plastic Bertrand. Ou Pata Patatra de Miriam Makeba.
En flânant dans les rues, d’humeur bucolique, tu marches malheureusement dans la merde. Quel morceau avais-tu en tête ?
To enter pagan du groupe irlandais de pagan metal Primordial. Entre deux concerts inaudibles, ces types pratiquent les messes noires et le dépeçage de poneys.
Comme tu es sympa et bienveillant(e), face à l’actualité flippante, tu décides d’organiser le plus grand flashmob de la planète. Quel morceau choisis-tu ?
Space oddity de David Bowie. Un peu de hauteur, voire d’apesanteur, ne ferait pas de mal aux abrutis d’en bas, dirait le major Tom qui ne manque pas classe alors qu’il dérive dans le vide spatial.
Ta patronne est une crème, tu l’adores, alors tu sors ton uklulélé ou ta flûte à bec, et tu lui fredonnes une chanson d’amour : laquelle est-ce ?
Purple rain de Prince, mais je vire l’excès de réverbe qui éloigne les corps potentiellement brûlants. Et comme elle est top, la patronne, je lui chantonne Killing me softly with this song reprise par les Fugees. Et n’importe quelle version jouée à la scie musicale ou à l’ocarina !
À l’inverse, ton patron est un tyran : quelle chanson lui passerais-tu le jour de ta démission ?
La danse des conards canards de J.J. Lionel.