Journaliste pendant 40 ans au Monde, il a été correspondant à Rome et à Washington, directeur adjoint de la rédaction, responsable du Monde des livres, médiateur. Il est aussi romancier et essayiste, chroniqueur à l’hebdomadaire Le 1, spécialiste de l’Égypte.
Ta chanson de chevet ?
Pas de chanson de chevet. J’ai des goûts très éclectiques. Selon les moments, Sardou peut… m’enchanter autant que Barbara. Au début des années 1960, Dalida, native du Caire, passe pour la chanteuse préférée des Français. Et nous, alors ! Bambino, Gondolier, Portofino… Sa voix inimitable, avec l’accent d’Égypte, affole nos transistors. On n’en finit pas de réclamer ses roucoulements, le dimanche matin, au « Coin des auditeurs », le programme en français de Radio-Le Caire. J’aimerais être l’un de ses frères qui interprète une version de Moustapha bien plus harmonieuse que celle de Bob Azzam. Cela ne m’empêche pas d’apprécier tout autant Charles Aznavour, Jacques Brel, Édith Piaf ou Claude Nougaro. Mais une autre voix surgit en 1963 : celle d’un certain Enrico Macias qui, en chantant J’ai quitté mon pays, me touche en plein cœur, alors que j’ignore tout des pieds-noirs d’Algérie.
Ton meilleur souvenir de concert ?
Jacques Brel à Lille en 1965. J’étais étudiant. Au cours des deux années précédentes, je n’avais pas cessé d’écouter ses chansons, en 45 tours, sur mon petit électrophone Teppaz. Le plat pays, La Fanette… Je connaissais les paroles par cœur. Sur scène, physiquement, il semblait tout donner, sans se ménager. Autre souvenir : Yves Montand au Kennedy Center de Washington, à l’automne 1982. Un numéro parfait. Je le revois chanter La bicyclette, avec de telles mimiques que j’avais l’impression d’être emporté sur son porte-bagages.
Un souvenir d’enfance lié à la musique ?
Des exercices de piano, beaucoup de piano, parce que ma sœur, qu’on avait retirée de l’école, était destinée à devenir concertiste. Et aussi beaucoup de musique classique, que mon père écoutait à la maison. Il avait même fait installer un haut-parleur dans la salle de bains pour ne rien en perdre pendant sa toilette. Certains morceaux me sont encore familiers, même si j’ai écouté très peu de musique classique dans ma vie adulte. Je suis irrésistiblement attiré par la chanson, française de préférence, étant très sensible à la qualité des rimes. Avoir associé « ne vous déplaise » à « la Javanaise » me fait tout pardonner à Gainsbourg, que je déteste comme personnage…